Georges BOUSTANY nous présente son livre « Avant d’oublier »

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Il a sa carte (du Tendre), un valet de cœur ressorti dans les pages de « L’Orient-Le Jour » un samedi sur deux, depuis le 8 avril 2017. De cette nostalgie qui lui colle à la peau et l’âme, comme un langage, un regard sur le passé et le présent, il a fait un livre : « Avant d’oublier » (éditions L’Orient-Le Jour), qu’il signera le jeudi 12 décembre de 18 heures à 21 heures à Quantum House.

Débarquer chez Georges Boustany, dans son espace de vie et de travail, c’est (res)sentir, presque respirer, les parfums d’un passé qui avait le charme de l’inaccessibilité. Plonger dans un doux univers sépia, bercé d’une brume discrète qui console du temps qui passe et fixe pour l’éternité des moments, des lieux complètements balayés. Effacés par des individus sans âme ni conscience…

Dans ce lieu privé, un monde s’est organisé, de précieuses archives composées d’images numérotées, d’albums datés et de plaques de verre retrouvées, déposées une à une dans les tiroirs de la mémoire de Georges ; comme tous ces cahiers d’écolier puis ces journaux intimes qu’il a remplis durant des années de ses témoignages d’enfant sensible. Des pages de conflits sanglants dans lesquelles il répertoriait les événements, les violences, les (mauvais) souvenirs d’une guerre sans fin. « Dès l’âge de 7 ans, j’ai commencé, avec la guerre, à découper tous les jours des articles de presse. C’était, déjà, le geste d’un enfant qui vit la guerre et qui veut en garder des traces. » En 1982, suite à l’assassinat de Bachir Gemayel, l’adolescent de 14 ans arrête tout, le cœur chargé du lourd sentiment d’être revenu à la case départ. « Je n’avais plus le courage de continuer, je n’en pouvais plus. Ses assassins avaient réussi à tuer notre nostalgie. » En 1984, Georges Boustany s’envole pour Paris et Sciences Po, « mais je revenais chaque été passer mes vacances au Liban ». Souvent alors, dans les abris, il reprend instinctivement son réflexe presque obsessionnel de journaliste patriote en classant les événements au quotidien dans un carnet de bord personnel, entre guerres et paix, allant même jusqu’à enregistrer les sons des bombardements, les émissions radio, le souffle d’un obus qui passe « au-dessus de nos têtes ». Cette fois-ci, c’est la guerre de juillet 2006 qui va sonner le glas d’un exercice devenu brusquement vain. Il ouvre Lazy B à Jiyeh et s’y consacre entièrement, « j’ai tout mis en veilleuse jusqu’à 2015 ».

Ce pays où l’on n’arrive jamais

Le 13 avril 2015, 40 ans après cette triste date pour le pays, Georges Boustany crée une page sur Facebook baptisée La Guerre du Liban au jour le jour. Cette rétrospective quotidienne à travers les archives de l’époque puisées, essentiellement, dans celles de L’Orient-Le Jour, loin de toute nostalgie, a pour but de « pousser les jeunes à regarder les erreurs du passé pour ne jamais les refaire ». Emporté par sa passion de collectionneur, l’incorrigible Georges continue de constituer des archives, entre recherche (d’un temps perdu), nostalgie et rêve d’un monde meilleur. Des milliers de photos, presque 8 000, et 1 000 plaques de verre qui portent en elles des histoires, pour la plupart en noir et blanc, découvertes ou imaginées, achetées chez des brocanteurs, à Basta, auprès de collectionneurs de souvenirs comme lui et parfois récupérées dans des poubelles. Cette boîte au trésor, « c’est ma base de travail, dit-il. Et en fait, ce sont les photos que nous avons tous dans notre grenier ».

Poussé par une envie de plus, d’images et d’histoires, d’images et de mots, il démarre le 8 avril 2017 sa rubrique dans L’Orient-Le Jour, qu’il va baptiser « La carte du tendre ». « Cette nouvelle rubrique, avait-il alors confié, vise à redécouvrir par photos interposées, des lieux emblématiques du vieux Beyrouth, aujourd’hui disparus ou radicalement transformés. Il ne s’agit donc pas tout à fait d’un pays imaginaire, certes, mais presque ; tellement la ville, par mépris du patrimoine, ne se ressemble plus. » 60 articles plus tard, 60 photos et autant d’histoires imaginées, de lieux reconstitués, de visages oubliés, des époques qui nous manquent, « une ambiance liée à des contextes, des saisons et surtout une intimité que je cherche à partager », sont réunies dans un très bel ouvrage qu’il a choisi d’intituler Avant d’oublier. On y trouve, sur 210 pages, l’intégrale des articles parus dans L’Orient-Le Jour, mais aussi de magnifiques photographies qui occupent une place d’honneur. « Au départ, le titre avait une résonance un peu nostalgique, puisque les photos sont celles de la belle époque de 1920 à 1975. Une période bénie qui a disparu, détruite par la guerre et dont il ne reste plus rien. Le constat de ce legs était un peu amer. Mais à présent, précise l’auteur, avec les manifestations et la révolution qui secouent le pays, il a pris un autre sens : ce Liban-là va être remplacé par une nation. L’espoir a remplacé l’amertume d’avant le 17 octobre. »

Outre les images, d’une grande poésie et d’une précision technique, les textes de Georges Boustany sont une douce musique de l’âme qui accompagnent ce « voyage dans le temps ». Sont venus s’y joindre nos confrères Fifi Abou Dib et Michel Touma qui ont préfacé l’ouvrage avec leur sensibilité journalistique et citoyenne. « Avant d’oublier, voici des personnages qui ont vécu, aimé, haï, fait des enfants, peuplé un monde dont de moins en moins de vivants se souviennent. (…) Avant d’oublier, voici un certain Liban dont les restes se rétrécissent comme peau de chagrin. Un jour pas très lointain, tout ceci ne dira plus rien à personne », écrit Georges Boustany. Pas sûr… Pas sûr qu’après avoir lu ce livre et retenu ses images et leur parfum, on puisse oublier le son du criquet dans nos villages en été, le bruit des vagues qui se fracassent sur nos côtes, la lumière d’un matin en montagne… Le goût des petits bonheurs.

Carla Henoud | OLJ

https://www.lorientlejour.com/article/1197988/georges-boustany-gardien-de-notre-memoire.html

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