Déclaration

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Ma drôle d’histoire (d’amour) – Médéa AZOURI (20/05/17 pour L’Orient Le Jour)

« Au départ, tu étais un amour de vacances. De vacances estivales. Nous nous sommes rencontrés dans l’enfance. Tu étais synonyme de plage et de rires. De châteaux de sable et de janérik. Je comptais les jours, les heures et les minutes qui me séparaient de toi.

Et une fois que le mois de juin sonnait le glas de l’année scolaire, je n’en pouvais plus d’attendre. Et une fois que le pilote de l’avion nous ramenait à bon port, j’applaudissais. Pas pour le remercier d’avoir fait son boulot, mais parce que je ressentais une joie incommensurable. Tu étais là à m’attendre sur le tarmac dans la chaleur étouffante du mois de juillet.

Cette chaleur qui me rassurait tant. Cette chaleur qui m’avait fait défaut en 1978, 1982 et 1989, parce que la situation politique m’avait empêchée de te rejoindre durant ces étés-là.

Je t’appelais fréquemment, quand les lignes téléphoniques le permettaient. J’avais tellement peur pour toi quand on me disait que les bombardements s’intensifiaient.

Je n’avais que quelques bribes de nouvelles et je savais pertinemment que les infos qu’on me donnait n’étaient pas complètes. Je ne connaissais pas ta souffrance, je ne savais pas tes inquiétudes.

Et puis, les autres étés, ce qu’on appelait « les événements » se sont calmés, et j’ai enfin pu revenir à toi. J’arrivais blanche comme un linge, tandis que toi, tu étais gorgé de soleil. Là, pendant un peu moins de deux mois, nous vivions ces amours qui se transformèrent avec le temps en passion d’adolescents.

Cet amour grandissait et j’ai décidé que je ne pouvais plus te voir qu’une fois par an. Je volais quelques jours par-ci et par-là, entre deux cours d’histoire moderne. Parfois, je venais manger des maamouls avec toi à Pâques. Mais le plus souvent, je te retrouvais pour les fêtes. Là, nous passions Noël en famille. Cette famille qui était restée à tes côtés dans les moments difficiles. Tandis que moi je m’en voulais de te faire faux bond. À l’aube de mes 20 ans, la guerre s’est terminée. Amoureuse de toi et de notre histoire qui promettait tous les impossibles, j’ai décidé de (re)venir vivre avec toi.

Ça y est, j’étais en toi, tu étais en moi, indissociables. J’avais du mal à te comprendre parfois, je ne maîtrisais pas l’arabe comme aujourd’hui. J’ai rencontré des gens qui m’ont permis de m’améliorer et notre relation n’en a été que plus forte. L’espoir était en nous. Je me sentais redevable vis-à-vis de toi parce que j’avais été épargnée de tout ça. Je n’avais pas vécu avec toi les tragédies qui t’avaient meurtri. Je me suis donc donnée corps et âme dans cet engagement moral et affectif que j’avais à ton égard. Tu me l’as tellement bien rendu.

Tu m’as ouvert des portes, présenté des gens extraordinaires. Et grâce à toi, j’ai connu le plus grand bonheur de ma vie. Après avoir officialisé notre relation, j’ai eu un enfant. Un petit garçon. Né en 2005, cette même année où tu as commencé à te briser. Au début, ce n’était que des fêlures, entrecoupées de joies. Tu étais sceptique. Tu savais que quelque chose ne tournait pas rond et qu’en continuant ainsi, tu finirais par t’effondrer.

Mais tu as tenu le coup parce que tu m’avais inlassablement répété que tu avais connu pire. Le temps est passé et je te voyais de plus en plus soucieux. En 2006, tu t’es battu contre cette attaque cardiaque qui aurait pu t’anéantir. J’étais là, je te tenais la main nuit et jour. Je te savais fort, je l’étais donc aussi. Et puis, sans crier gare, tu t’es mis à dépérir.

Notre histoire d’amour a commencé à suivre les pas de ta situation. Pas parce que je ne t’aimais plus, mais parce que, comme dans toute relation, tu as commencé à me faire souffrir. Tu alternais indifférence à mes appels au secours et violence verbale. Tu me narguais avec une insolence que je ne te connaissais pas. J’étais tellement sidérée par ton attitude que je me suis même demandé si tu n’étais pas possédé.

Écrasé de l’intérieur par de vieux démons qui ne t’avaient finalement jamais quitté. Ton arrogance t’a même autorisé à me voler de l’argent. Petit à petit, notre histoire s’est étiolée. J’ai commencé par t’aimer moins pour finir par ne plus t’aimer comme je l’aurais voulu. Je t’en veux de m’avoir tout donné… et tant repris. J’aimerais te quitter, mais je n’y arrive pas..

Toi, mon amour d’enfance, ma passion d’adolescente, mon union d’adulte. Toi, Beyrouth.

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